Ethnie des OUÏGOURS 7 Millions d'Habitants

Déjà, Marco Polo avait remarqué divers signes de l’influence de l’Islam à la cour de Chine. C’est dire l’ancienneté de cette présence dans l’Empire du Milieu: venant par les fameuses routes de la soie à travers l’Asie centrale dès le Xème siècle, le message coranique a essaimé, faisant naître des communautés musulmanes un peu partout. On en trouve ainsi notamment dans le Ningxia, le Shensi, le Kansu et, plus au sud, dans le Yunnan. . Le peuple ouïgour, qui occupe un vaste territoire bordé du Kazakhstan, de la Kirghizie, du Tadjikistan, de l’Afghanistan et des Cachemires sous contrôles indien et pakistanais, ainsi que de la Mongolie. Ce pays, sur les cartes, est désigné sous le nom de Xinjiang, c’est à dire "nouvelle frontière"; mais ses habitants récusent cette appellation et lui préfèrent le nom de Turkestan oriental. Parlant une langue turcique, les autochtones ouïgours n’ont guère à voir avec les Han, ethnie dominante en Chine. Bien que cette région de Chine bénéficie d’un régime officiel d’autonomie ("région autonome ouïgoure du Xinjiang") censé protéger langue - en alphabet arabe - et coutumes, cette marche du géant asiatique connaît, comme le Tibet voisin, une entreprise systématique de sinisation. Jadis largement majoritaires dans leur pays, les Ouïgours tendent à devenir minoritaires, du fait de la colonisation de peuplement Han: ainsi se trouve légitimé l’emploi abusif du terme de "minorité ethnique"qui leur est appliqué et qui tend à en faire une des composantes parmi les autres musulmans sous l’autorité de Pékin.

Cette politique d’implantation ne pouvait que susciter une résistance; celle-ci, moins médiatisée que celle des Tibétains, a connu, dans les années 1990, un nouvel essor.

A la question identitaire s’ajoute le caractère géostratégique de la zone, qui en fait un enjeu de taille pour l’avenir de la Chine: commandant un accès au Toit du Monde, c’est-à-dire au château d’eau du XXIème siècle que forme la cordillère pamiro-himalayenne, c’est aussi un immense réservoir d’hydrocarbures dans le bassin du Tarim[1] et le passage obligé de futurs oléoducs. Enfin, c’est dans sa partie orientale que se situe le polygone nucléaire de Lop Nôr, où sont effectués les essais chinois.

Le Xinjiang est peuplé de presque 18 millions d’habitants dont environ 40% sont des Ouïgours stricto sensu, 40% des Han, les 20% restants se répartissant entre diverses ethnies (Kazakhs[3], Kirghizes, Tadjiks, etc…), la plupart musulmanes. La cristallisation sur facteur religieux dans la revendication nationale a donc une extrême importance, puisque c’est lui qui emporte la majorité. En dépit d’une politique démographique moins restrictive pour les minoritaires, l’afflux d’immigrants han (estimations: 300.000 par an) met toutefois en péril à moyen terme cette suprématie numérique et menace de modifier irréversiblement la composition démographique de la région. Les deux populations se côtoyant mais ne se mélangeant pas. Tous les indicateurs montrent en outre que le niveau de vie des Han est supérieur à celui des Ouïgours.